Commentaire du Netsiv- Béchala'h

      Cycle : la parasha d'après le Netsiv*

 

 Naftali tzvi iehuda berlin ha natziv 1a

 

"Dites nous ce dont vous avez besoin on vous dira comment vous en passer !"

 

Il y a un sujet qui, proportionnellement au reste de la Parashat Bechala’h, est assez étendu. C’est le sujet des plaintes émises par le Peuple juif (ou dans certains cas une partie). En effet, les enfants d’Israël manifestent à plusieurs reprises leur mécontentement devant Moshé Rabbénou. Le Netsiv relève les différences qui existent entre chaque manifestation,  et commente leurs particularités. J’aimerais vous faire part de ses remarques sur l’une d’entre elles.

''וילונו כל עדת בני ישראל על משה ועל אהרן במדבר. ויאמרו אלהם בני ישראל מי יתן מותנו ביד השם בארץ מצרים בשבתנו על סיר הבשר באכלנו לחם לשבע כי הוצאתם אתנו אל המדבר הזה להמית את כל הקהל הזה ברעב.(שמות ט''ז ב,ג)'' 

Toute l’assemblée des enfants d’Israël s’est révoltée contre Moshé et Aharon dans le désert. Les enfants d’Israël leur ont dit : « Il aurait été préférable de mourir par la main de Dieu en Égypte lorsque nous étions assis autour d’un plat de viande en mangeant du pain à satiété car vous nous avez sorti vers ce désert pour faire mourir de faim toute cette assemblée». (Shemot 16, 2-3)

            Le Netsiv compare cette situation avec des révoltes apparues antérieurement dans notre Parasha[1] :

Alors que dans notre contexte, c’est l’ensemble du Peuple qui se lève, face à Moshé et Aharon, ils n’ont réellement plus de nourriture pour subsister et ils déclarent qu’il aurait été préférable de mourir en Égypte. Précédemment, ce n’était qu’une minorité du Peuple qui s’est révoltée, les rebelles réclamaient alors de l’eau uniquement par peur qu’il n’y en ait plus à la suite du voyage. Leur cible n’était que Moshé et leur discours était différent : ils prétextaient alors qu’il  aurait été préférable de rester des esclaves asservis par Pharaon non qu’ « il aurait été préférable de mourir par la main de Dieu en Egypte ».

            Pourquoi dans notre passage, Aharon subit-il  lui aussi les critiques du Peuple ? Quelle est la logique de vouloir mourir en Égypte ? Autant y rester esclaves ! Comment se fait-il qu’ici tout le Peuple se rallie à la cause ?

            Selon le Netsiv, lorsque les vivres nécessaires pour subsister disparurent, un doute s’empara des Bnei Israël. Ils ne remettaient plus en question ni Dieu ni son messager Moshé sur la véracité de la parole divine ; comme il est écrit ''ויאמינו בהשם ובמשה עבדו'' ‘’Ils crurent en Dieu et en Moshé son serviteur’’. Cependant, le doute persistait sur un autre point.

            Comme Yona Ghertman l’a relevé la semaine passée, il y avait trois classes au sein des Bnei Israël : Ceux qui voulaient sortir d’Égypte ; ceux qui ont suivi quand même malgré leur mécréance ; et ceux qui refusaient catégoriquement de sortir. Selon le Midrash Dieu a anéanti ces derniers par la peste en profitant de la plaie de l’obscurité.

La grande majorité du Peuple sorti d’Égypte était composée de la seconde catégorie : ceux qui n’étaient pas pieux mais voulaient tout-de-même sortir. Lorsque le pain est venu à manquer, ils ont pensé que Dieu ne voulait faire sortir qu’une élite, et que le manque de nourritures était dû à cela. Le pain serait en réalité dédié à l’élite du Peuple, ceux-là même qui voulaient sortir d’Égypte pour respecter l’ordre de Dieu, et qui étaient représentés par Moshé ET Aharon. Ils craignaient s’être laissé amadouer pour sortir, et désormais le peuple entier allait payer cette erreur par le manque de nourriture.

La cible de cette manifestation est bien Moshé et Aharon qui ont voulu faire sortir TOUT le Peuple. L’élite étant une minorité, c’est bien toute l’assemblée qui se plaint. Ils prétendent qu’ils auraient du mourir par la main de Dieu en Égypte lorsqu’Il a tué ceux qui refusaient de sortir.

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Dans son introduction à l’Emek Davar, le Netsiv  s’étonne d’un passage de la Guemara dans le traité Nedarim qui définit la Torah comme étant un ‘’chant’’. Quel rapport existe-t-il entre la forme littéraire de la Torah et un chant poétique ? Il répond que dans un chant (ou une poésie), les thèmes ne sont pas explicites. Pour les comprendre, il faut s’aider de notes et d’explications ; une strophe faisant référence à une notion, une autre strophe à une autre notion etc.[2]

Dans son travail sur le ‘Houmash, le Netsiv commente chaque sujet de la Torah en les transformant en grands thèmes qui nous permettent de lire les problématiques actuelles à chaque génération. C’est pourquoi je proposerais de nous interroger sur l’actualité des différentes plaintes manifestées par les Bnei-Israël dans notre Parasha et celle que nous venons d’analyser dans ce présent article avec, en particulier sa solution : la manne, le pain céleste.

 

Akiva ZYZEK

 

 

* R. Naftali Tsvi Yéhouda Berlin de Volozhin (1813-1893)

* Beshalah hebreubeshalah-hebreu.pdf : le commentaire du Netsiv en hébreu

 

[1] Shemot XIV,12 et Shemot XV, 24

[2] Introduction à l’Emek Davar lettre Guimel.

 

 

 
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