La Méguila niçoise

La Méguila niçoise

Rav ringer

 

Le judaïsme niçois doit beaucoup au Rav Binyamin Saoul Ringer z‘l qui fonda en 1973 une Yéchiva ouverte sur la cité, le « C.E.J » :  Cercle des études juives.  L’accès aux textes pour tous était alors le maître-mot du Rav Ringer z’l, qui communiquait avec passion aux étudiants juifs niçois l’amour du Talmud.  Malgré son décès accidentel en 1979, il laissa une emprunte forte sur la ville, et ses successeurs s’efforcèrent avec brio de faire vivre son credo : rapprocher les juifs éloignés de la Torah en leur offrant la possibilité de se pencher sur les textes sacrés, tout en conservant une forte ouverture d’esprit.

Très préoccupé par la jeune génération, Rav Ringer z’l distribuait aux lycéens juifs des feuillets contenant de courts textes sur divers sujets relatifs au judaïsme. C’est ainsi qu’il diffusa une succession de brèves réflexions sur le livre d’Esther. Le succès que rencontra son travail l’encouragea à rassembler ses différents propos et à en faire un livret qui deviendra par la suite un ouvrage de référence : En relisant la Méguila (éd. Jasyber). Dans sa préface, le Grand Rabbin Sitruck z’l, dont l’histoire personnelle est profondément liée à la cité niçoise, rappelle que l’engagement de l’auteur est indissociable de l’évolution du judaïsme niçois. Dans son introduction, le Rav Ringer z’l souligne quant à lui quelle est la méthode d’étude préconisée au C.E.J : interroger les textes avec rigueur dans l’objectif de déceler des problématiques profondément actuelles. L’idée est toujours là, même plus de trois décennies après son départ. On peut rentrer aujourd’hui dans la Yéchiva et se retrouver confronté aussi bien à une étude ‘classique’ sur un sujet de droit juif (Halakha) qu’à un débat enflammé autour de préoccupations existentielles.

Toujours dans l’introduction à son commentaire sur le livre d’Esther, le Rav Ringer z’l note l’importance de l’étude en profondeur (i’youn) mais explique avoir choisi de traiter différemment son sujet : plusieurs thématiques de la Méguila sont ainsi abordées de manière concise. Certes, les versets sont analysés, les problématiques mises en évidence. Toutefois le parti de passer rapidement d’un passage à l’autre se justifie par la volonté de trouver un écho auprès d’un public non-averti, en lui donnant goût à l’étude biblique et talmudique, sans pour autant le perdre dans les méandres des raisonnements rabbiniques. Au final le résultat y est. A travers son regard sur l’histoire d’Esther et Mordekhaï, l’auteur interroge en même temps notre société et son évolution, attirant ainsi indéniablement l’attention du lecteur.

Nos Sages nous ont appris à tenter de déceler l’exceptionnel caché dans la normalité dévoilée. Telle est entre autres la leçon de la Méguilat Esther. En effet, le premier terme -Méguila- est en affinité avec « galouï », signifiant « dévoilé », alors que le second -« Esther »- rappelle ce qui est secret : « séter ». Telle est également l’idée de la « Méguila niçoise » : L’œil peu habitué à rechercher du sens ne verra à Nice que la plage, les palmiers et ‘la vague’ faisant le bonheur de Brice… Alors qu’à l’abri des regards, dans les hauteurs de Nice-Nord, se dresse cet exceptionnel centre d’étude créé par Rav Ringer z’l dans lequel les idées bouillonnent autour de pages du Talmud lumineuses. Bien que n’ayant pas connu ce Rav qui fut un véritable rayon de soleil niçois, j’ai la chance d’y avoir été formé auprès de maîtres ayant étudié à ses côtés, et d’y enseigner moi-même… Comme on dit ici : « D.ieu bé-Nice ! »

 

Yona Ghertman

 

*Article publié dans l'hebdomadaire 'Actualité Juive' en Février 2017

 
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