La Paracha d'après le Mechekh 'Hokhma : Vaéra

Cycle : la Paracha selon le Mechekh 'Hokhma

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Parashat Vaéra – Les quatre verbes de délivrance

 

Les quatre “verbes de délivrance” du début du livre de Shemot occupent les commentateurs de toute époque. L’année passée, nous avons vu la lecture faite par le Netsiv, et cette annee nous vous invitons à lire celle du Mesheh-Hohma.

Rappelons-nous que les quatre verbes rythmant la délivrance des Bne-Israël d’Egypte sont :

  • והוצאתי- “Je ferai sortir”
  • והצלתי- “Je délivrerai”
  • וגאלתי- “Je sauverai de l’esclavage”
  • ולקחתי- “Je vous choisirai comme peuple”

Les quatre coupes de vin bues lors de la soirée du Seder sont traditionnellement associées a ces quatre fameux verbes.

Le rapport entre le moment du Seder au cours duquel nos Sages ont institué de boire chacune de ces quatre coupes et le verbe qu’elles viennent « célébrer » est le sujet du commentaire du Mesheh-Hohma.

Le premier verbe « Je ferai sortir » est célébré via le verre du Kiddoush. Le Kiddoush – sanctifier le temps- n’est possible que via un peuple lui-même « sanctifié », commence le Mesheh-hohma. Qu’est-ce que la sainteté d’un Peuple, comment et par quoi est-elle définie ? Le Mesheh-hohma répond en faisant appel à une définition classique « en tout lieu où l’on parle de sainteté, on trouve l’absence des relations interdites »[1].

Ainsi, dans un premier temps, le Mesheh-Hohma lie le verre du Kidoush, la notion de Kedousha –sainteté- et la sainteté dans le domaine des relations interdites. Comment de là, en venir au verbe « Je vous ferai sortir ».  A nouveau, un midrash aide à la lente construction de son développement « Je vous ferai sortir – comme on extrait un veau de la matrice de sa mère ». Il faut, dit le Mesheh-Hohma, avoir réussi pendant les quatre cents d’exil, a préserver sa spécificité, à ne pas s’être mêlé au peuple environnant, à avoir réussi a préserver son identité indépendante.

Ainsi, du midrash sur le verbe « Je vous ferai sortir » au Kiddoush en passant par le Midrash, une même idée se véhicule : ne pas se mélanger, se préserver des unions interdites… Sanctifier les temps (« le Kiddoush »), c’est bien leur préserver leur spécificité.

Le second verbe « Je délivrerai » est, d’après le Mesheh Hohma, bu avec le Birkat Hamazon[2]. A nouveau, pour éclaircir le lien entre le verbe et le moment durant lequel le verre est bu, le Mesheh-hohma fait appel a un midrash expliquant que les Bne-Israël furent sauves car, entre autres, il n’y avait pas en son sein des délateurs[3].

Après avoir lie le verbe et son midrash, il faut une fois de plus retrouver le lien avec le moment du Seder célèbré. Et là, le Mesheh-hohma innove ! La délation, le lashon-hara viennent lorsqu’on ne se contente pas de ce que l’on a, que l’on va voir ce qu’il y a de mieux chez l’autre, que l’on jalouse…

Le Birkat-Hamazon, finit-il, nous éduque a l’inverse ! Alors que l’on ne devrait le réciter que lorsque l’on est rassasies, nos Sages l’ont institué pour une quantité minimale d’une olive[4] !

Ainsi, explique le Mesheh-Hohma, le Birkat-Hamazon nous éduque à remercier pour « ce que l’on a » sans chercher au-delà si l’on pourrait avoir mieux ou plus…

Pour ce second verbe, le Mesheh-Hohma a donc utilise la même méthode – reliant le verbe, son midrash et l’étape du Seder durant laquelle l’on boit le verre…

Qu’en est-il du troisième verbe « Je sauverai de l’esclavage » ? Le Midrash est de nouveau la porte d’entrée pour le Mesheh-Hohma : « un esclave n’a pas de racine familiale » enseigne le Talmud[5]. Il ne se rattache pas a une histoire familiale… Les Bne-Israël, explique le Midrash en un autre endroit, n’ont pas changé leurs noms tout au long de l’exil. Voilà, pour le Mesheh-Hohma, la preuve que les Bne-Israël ont continué tout au long de l’exil à se rattacher à leur histoire familiale, a contrario des esclaves qui ont oublie toute attache, toute racine…

Le troisième verbe correspond au verre récite sur le demi-Hallel, d’après le Mesheh-Hohma. Le texte du demi-hallel scande l’histoire juive ; voilà, pour le Mesheh-Hohma le lien avec la sortie de l’esclavage : un peuple se souvenant de son histoire ne peut être réduit éternellement a l’esclavage…

Et enfin, le quatrième verbe : « Je prendrai pour peuple » :

Un autre Midrash, largement connu, introduit ce verbe : « Les Bne-Israël furent sauves d’Egypte car ils maintenu leur langue ». La langue maintenue envers et contre tout est, pour le Mesheh-Hohma, la preuve de leur foi en une renaissance nationale[6], en une rédemption. Ce quatrième verre, celui de la « renaissance nationale » est récité sur le Hallel, durant lequel, l’espoir d’un retour et d’une rédemption est évoqué en plusieurs endroits.

Ainsi, quatre verbes, quatre verres et le sens reliant les uns avec les autres. Voilà l’exercice auquel s’est livre le Mesheh-Hohma dans ce commentaire…

 

Benjamin

 


[1] Voir par example Rashi sur Kedoshim:
הוו פרושים מן העריות – שכל מקום שאתה מוצא גדר ערווה אתה מוצא קדושה

[2] Etonnamment, le Mesheh-hohma ne relève pas que son explication ne suit pas l’ordre chronologique des versets.

[3] Ce Midrash existe dans nos textes dans une version légèrement differente. Le Rav Kuperman, dans son edition commentée, s’applique à lier les deux versions.

[4] Voir TB Brahot 20B

[5] TB Guittin 13A

[6] Le Mesheh-Hohma emploie en plusieurs endroits de son commentaire le mot “le-oumiout” – “vie nationale”. Le terme n’est pas anodin aux vues de l’epoque dans laquelle il vivait : en pleine periode des preludes du sionisme politique. Le Mesheh-Hohma ne resta d’ailleurs pas indifferent aux evenements de son siècle. Ainsi, apres la conference de San-Remo (1920) durant laquelle fut evoque  “un foyer national Juif”, le Mesheh-Hohma ecrivit un texte qui fit grand bruit dans lequel il celebrait “la fin des trois serments” (voir TB Ktoubot 110)

 

 

 

 

 
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