La Parasha d'après le Netsiv- Réeh

  *Cycle : la Parasha selon le Nétisv

Naftali tzvi iehuda berlin ha natziv 1a 1

  

Pas de scission chez les enfants du même Père

 

« Vous êtes les enfants de l’Eternel votre Dieu, vous ne vous ferez pas d’incisions et vous ne mettrez pas de tonsure entre vos yeux en l’honneur d’un mort. Car tu es un peuple saint pour l’Eternel ton Dieu (…) » (Devarim 14, 1-2)

 

L’interdiction des mutilations corporelles lors du deuil -incision et tonsure- est précédée d’une brève introduction : « Vous êtes les enfants de l’Eternel votre Dieu ». La logique voudrait que cette introduction soit la motivation de la prohibition : « Vous ne vous ferez pas d’incisions et vous ne mettrez pas de tonsure entre vos yeux en l’honneur d’un mort car vous êtes les enfants de l’Eternel votre Dieu ». Telle est d’ailleurs la voie suivie par les commentateurs classiques[1].

Le Netsiv remet toutefois en cause cette compréhension du verset : si l’interdiction de ces marques de deuil est liée à la ‘relation filiale’ entre Dieu et les enfants d’Israël, comment alors comprendre le début du second verset : « Car tu es un peuple saint pour l’Eternel ton Dieu » ? N’est-ce pas là la véritable motivation de ces lois ?

Aussi propose-t-il de lire ce passage à un double niveau, en se fondant sur un passage talmudique : « Vous ne vous ferez pas d’incisions [lo titgodédou] [signifie] : vous ne vous diviserez pas en clans [agoudot agoudot] »[2]. Selon le Netsiv, cette interdiction de constituer des groupes rivaux n’est pas qu’une simple interprétation des Sages trouvant appui sur le verset (asmakhta), mais une intention originelle de la Torah[3]. Aussi le même passage traduit-il deux intentions différentes :

  1. Ne pas se mutiler en raison d’un deuil
  2. Ne pas former de clans rivaux

 

Grâce à cette lecture[4], le Netsiv répond ainsi que la première motivation - « Vous êtes les enfants de l’Eternel votre Dieu » - se rapporte précisément à l’interdiction de constituer des clans : « Puisque vous êtes les enfants de Dieu, il n’est pas convenable que vous vous divisiez au sujet des comportements liés à Sa Torah, car la nature des enfants est de suivre la même direction »[5]. Pour conclure, il apporte une nuance bienvenue : il n’est pas question de « clans » au sein de tribunaux différents, ni dans le cadre de coutumes bien distinctes. L’image du père et de ses enfants n’en reste pas moins pertinente : n’est-ce pas l’objectif de tout parent que ses enfants évoluent dans un cadre commun harmonieux, tout en forgeant chacun son identité propre ?

 

Yona GHERTMAN

 

* R. Naftali Tsvi Yéhouda Berlin de Volozhin (1813-1893)

* Texte :

העמק דבר דברים פרק יד פסוק א

בנים אתם וגו'. מובן שהוא הקדמה וטעם לאזהרה שאחריו, וכפי' רש"י ורמב"ן ז"ל, אבל קשה אם הוא טעם אם כן למה זה כתבה תורה עוד טעם אחר האזהרה כי עם קדוש אתה וגו', אלא משום דבאזהרה דלא תתגודדו נכלל שתי משמעות, וכדאיתא ביבמות פ"א י"ג ב חדא גדידה בבשר על מת כמו ולא תשימו קרחה וגו', שנית לא תעשו אגודות אגודות, ואינו אסמכתא כמבואר בסוגיא דאמר ר"ל לר' יוחנן איקרי כאן לא תתגודדו לא תעשו אגודות וכו', הרי דמקשה בפשיטות, וכ"כ הרמב"ם הל' עבודת כוכבים פי"ב ובכלל אזהרה זו שלא יהא שני בתי דינין בעיר אחת כו', מעתה הקדים הכתוב טעם בנים אתם לה' לאזהרה שלא תעשו אגודות אגודות, כיון שאתם בנים לה' על כן אין ראוי שיתראה שנפרדים אתם במנהגים השייך לתורתו, דטבע הבנים להיות הולכים בדרך אחד, מיהו בשני ב"ד או בשתי עיירות אין ניכר פרידתן כ"כ, וכן שנוי מנהג מה שאינו שייך לתורת ה' אין בזה אזהרה:

 

[1] Rachi, Ramban.

[2] TB Yebamot 13b.

[3] Bien que les mots du Netsiv pourraient laisser penser qu’il voit l’interdit de faire des clans comme le sens littéral du verset (voir ci-dessus le texte en hébreu), une telle compréhension est toutefois à écarter. En effet il cite le Rambam pour confirmer son opinion (Hilkhot Avoda Zara 12, 13-14), or ce dernier écrit explicitement par ailleurs que cet interdit s’apprend de l’exégèse du verset (Sefer haMitsvot, lo taassé 45). En jargon talmudique, il s’agit donc d’un issour doraïta déduit d’un drash ; ou encore un « lav chébeklalouth ».

[4] Il serait intéressant d’approfondir ce lien entre le commandement littéral et l’exégèse qui en découle : la Torah voudrait-elle faire un lien de fond entre l’interdiction de la tonsure et celle de former des clans ?

[5] Alors que la seconde motivation - « Car tu es un peuple saint pour l’Eternel ton Dieu » - se rapporte à l’interdiction des mutilations corporelles lors du deuil.

 
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