La Parasha selon le Netsiv, Tazria

Cycle : La parasha d’après le Netsiv*
 

Naftali tzvi iehuda berlin ha natziv 1a

 

Paracha Tazria : Une "maladie" sur mesure

Notre paracha, dans sa grande majorité, traite des diverses affections pouvant être lépreuses et donc impures.

Bien que le traitement de la lèpre qui sera détaillé dans la prochaine paracha ne soit clairement pas médical mais spirituel, il est à noter qu’il y a une école de pensée qui explique la racine de cette affection comme étant médicale.

Ceci n’est pas le cas du Netsiv  qui dans son commentaire s’appuie sur l’optique spirituelle ainsi que nous allons le voir.

Le terme utilisé dans le verset pour décrire la personne souffrant de cette « maladie » est celui de « Adam », ou l’Homme par définition. Bien qu’à priori ceci ne semble être qu’une définition générale incluant tout le monde, le fait que dans les cas suivants, les expressions « un homme » ou « un homme ou une femme » soient utilisés indiquent la possibilité d’une autre signification. Celle rapportée par le Netsiv, citant le Zohar, est que « Adam » dénote l’importance de cette personne.  En d’autres termes, c’est justement parce que la personne touchée est importante (spirituellement), proche de D. qu’Il lui envoie cette maladie, afin de lui donner la possibilité de changer ses voies.

Le Netsiv relève également le besoin des versets d’indiquer deux choses à priori superflues :

Tout d’abord, après avoir nommé les quatre différentes formes d’affections corporelles, le verset (XIII, 2) continue par dire qu’elles pourront dégénérer en affection lépreuse et qu’il faudra donc que la personne consulte le Cohen. Il aurait été suffisant d’indiquer directement la nécessité de consulter ce dernier afin de voir si c’est la lèpre. D’où vient le besoin de revenir sur le terme affection ? Le Netsiv explique ceci en montrant la subtilité de l’emploi redondant de ce terme: L’individu touché par ces plaies soudaines ne peut décider par lui-même de son état, pur ou impur, et ce quand bien même serait-il versé dans les lois. Il a besoin que le Cohen, l’autorité spirituelle au service de D., lui donne son diagnostic. Tant que ceci n’a pas était effectué, l’affection reste ceci : une affection sans connotation spirituelle pour la personne ou la chose.  Une personne ne peut se juger elle-même dans ce domaine de pureté et d’impureté justement parce qu’il dénote de son niveau spirituel. (Il est à  noter que ceci n’est pas le cas d’autres impuretés, par exemple celle des diverses couleurs de sang où une femme sachant discerner les couleurs pures et impures peut le faire seule. Même si ce n’est pas le cas elle peut s’adresser à toute personne ayant les connaissances, et non à un Cohen. Une tentative  pour expliquer la différence serait que dans ce cas, bien que la couleur particulière de sang ait des conséquences de pureté rituelle, le fait que des menstrues soient arrivées  ne provient  que des qualités physiologiques de la personne et non de son état spirituel.)

Ensuite, le verset suivant (XIII, 3) reprend la  nécessité de faire observer l’affection par le Cohen. Pourquoi ? Nous venons de voir que ceci est la procédure à suivre !

Cette fois-ci, il semblerait que l’injonction est plus pour le Cohen lui-même, afin qu’il prenne le soin de ne pas se presser en rendant son verdict. Car chaque petite subtilité dans la texture et la couleur à examiner peut être critique. Le Netsiv nous rapporte l’enseignement de Torat Cohanim (II, 3) dans lequel  les Sages et Rabbi Meir traitent de la taille nécessaire de l’affection afin qu’elle soit considérée pure ou impure. Rabbi Meir indique qu’il suffit d’une différence minimale dans l’aspect de l’affection afin de rendre le verdict. Son raisonnement : Il est question ici des enfants d’Israël. Chez ceux-ci chaque petit changement dans leur état spirituel, aussi subtil soit-il, a des répercussions. Celles-ci risquent d’être peu visibles, mais existent, d’où l’importance pour le Cohen de bien observer, bien examiner l’affection qui lui est présentée.

Malgré la présence d’une harmonie entre l’état spirituel d’une personne faisant partie du Peuple d’Israël et son état physique (reflété dans notre cas donc par la lèpre), le plus élevé spirituellement la personne sera, le plus elle aura étudié la Torah, et plus cette harmonie sera rendue de manière juste, exacte. Ceci a déjà été noté dans le commentaire sur « Adam »  et l’est remarqué avec encore plus de vigueur dans les Nombres XXI, 20 où le Netsiv, dans  son commentaire « Har’hev davar »  compare le chant sur le puits à  un chant sur la Torah et termine par la chute de l’érudit qui n’irait pas dans les voies de D.  Une telle personne est comparée à un des chevaliers au service du Créateur, portant à sa ceinture Son glaive (la Torah)[1],  D. sera donc beaucoup plus regardant à son égard. Dans le cas de lacunes dans son comportement moral D. cherchera donc à corriger toute faute de manière forte, presque brutale (dans le cas du lépreux, quitter le camp), et ceci  parce que l’impact de mauvaises actions qu’une personne de haut statut, « Adam », aurait fait, a bien plus de répercussion sur le monde qui l’entoure et cause bien plus de profanation du Nom de D. qu’une personne « du peuple ».  L’exemple par excellence est celui de Miryam, la sœur de Moché qui subit cette affection pour avoir parlé d’une manière pouvant se rapprocher à de la médisance- la raison type causant la lèpre.

Cependant, et pour finir tout de même sur une note positive, il convient de rappeler ce avec quoi nous avons commencé : s’il s’agit de « Adam », d’une personne importante, c’est parce que comme le rapporte la discussion dans le traité brakhot 5b  - la lèpre met certes la faute de l’homme en relief, mais s’il doit la subir, c’est aussi afin qu’il ait une opportunité de se repentir, de se corriger.

 

Nathalie LOEWENBERG

 

* R. Naftali Tsvi Yéhouda Berlin de Volozhin (1813-1893)

* Lire le texte en hébreu en.pdf

 

 

[1] Voir le commentaire sur Pourim : http://www.lesitedesetudesjuives.fr/blog/pourim-selon-le-netsiv.html

 
 
 
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