La Parasha d'après le Netsiv- Shofetim

  *Cycle : la Parasha selon le Nétisv

 

Naftali tzvi iehuda berlin ha natziv 1a 1

 

Monarchie ou démocratie?

 

La question du système politique idéal n’a cesse de préoccuper philosophes et penseurs …

De Platon à nos jours, de subtiles nuances ont été proposées.

Lehavdil, la Torah ne semble envisager, quant a elle, qu’une seule et unique possibilité:

“Lorsque tu arriveras dans le pays qu’Hachem ton Dieu te donne, que tu en prendras  possession et que tu t’y installeras, tu diras: “Je veux mettre un roi au-dessus de moi, comme tous les peuples qui sont autour de moi.” Tu mettras assurément au-dessus de toi un roi que Hachem ton Dieu choisira; c’est de parmi tes frères que tu mettras un roi au-dessus de toi; tu ne pourras pas mettre au-dessus de toi un homme étranger, qui ne soit pas ton frère”[i]

En est-il vraiment ainsi? Seule la monarchie est acceptable aux yeux de la Torah? D’aucuns pourraient objecter qu’il y a monarchie et monarchie, et que monarchie absolue n’est en rien comparable a une monarchie constitutionnelle, par exemple.

Il n’en reste que pour un lecteur “moderne”, une question est criante: et qu’en est il de la démocratie? Maimonide dans son Mishne-Torah ne l’envisage même pas… On ne peut pourtant pas soupçonner ce Maitre de n’avoir pas lu la Politique d’Aristote…  

Ainsi, il écrit :

“Trois mitzvoth ont été données aux enfants d’Israël a leur entrée en Terre d’Israël: nommer un Roi  -ainsi qu’il est dit “Tu mettras assurément au-dessus de toi un Roi”-, éradiquer la descendance de Amalek… et construire le Temple …”[ii]

De manière générale, l’on peut affirmer, sans trop d’approximations, que l’avis de Maimonide est repris par tous[iii]: la monarchie, seule, est envisagée et envisageable. C’est la, le sens immédiat du verset et il n’y a pas lieu, pour ces décisionnaires, de s’en éloigner…

Un Maitre fait pourtant exception de manière notoire – le Rav Isaac Abravanel. En deux endroits de son œuvre[iv], ce Maitre fait un éloge sans précédent de la démocratie… Son texte mériterait d’être traduit in extenso, mais le format de ce billet hebdomadaire ne le permet pas…

Un des arguments avances par le Rav Abravanel mérite tout de même d’être cite: le verset de notre parasha, ce même verset qui, dans son sens obvie “oblige” les autres maitres a n’envisager que la monarchie, sert le Rav Abravanel! En effet, souligne celui-ci, pourquoi la Torah n’a-t-elle pas exprimé son ordre a l’impératif? Pourquoi avoir fait précédé ce “commandement” d’une requête venant du peuple? C’est que, explique Abravanel, la nomination d’un Roi n’est pas un commandement a proprement parler! Ca n’est pas plus qu’une permission, aucunement un ordre…

Ainsi, les H2breux, selon lui, sont autorisés, à nommer un Roi… Mais, puisque de nos jours, continue-t-il, la démocratie a fait ses preuves, nous nous devons (!) de la préférer…

Alors, démocratie ou monarchie? Le Rambam ou le Rav Abravanel?...

Nous voila, ainsi, arrivés au commentaire du Netsiv sur notre verset… Le Netsiv s’attaque à cette question et y répond avec une saisissante modernité…

Tout comme le Rav Abravanel, le Netsiv fait remarquer que si la nomination d’un Roi est une obligation absolue, on ne comprend pas le semi dialogue qui précéde dans le verset… Plus encore, le Netsiv relève que les mots “et tu diras “je veux mettre un roi” ne sont pas sans rappeler d’autres versets:

“Lorsque Hachem, ton Dieu, élargira tes frontières comme Il te l’a dit, et que tu diras: “Je veux manger de la viande”, parce que tu désireras manger de la viande, selon tout le désir de ton cœur, tu pourras manger de la viande”[v]

Ce verset qui introduit l’obligation de la sh’hita avant de consommer une bête contient lui aussi, l’expression  “et tu diras”. Or, fait remarquer le Netsiv, dans ce contexte, il est clair qu’il n’y a aucune obligation formelle de consommer de la viande! Le verset ne vient qu’énoncer la permission de manger de la viande en dehors des sacrifices…

Ainsi, la question dans notre parasha, n’en est que plus forte: obligation de la monarchie ou juste permission?

Le Netsiv va proposer dans son commentaire une opinion intermédiaire… La nomination d’un Roi est une mitzva, un ordre. Par contre, cet ordre n’est d’actualité qu’a partir du moment ou le peuple en a exprimé le souhait… Et, le Netsiv de préciser : si le peuple exprime le souhait d’un autre régime -comme une démocratie-, il n’y a des lors plus d’obligation de nommer un Roi…

Le Netsiv explique cette position intermédiaire : « un régime politique non adapté mène inéluctablement a une sakanat-nefashot, à des effusions de sang ». Ainsi, la Torah n’impose pas de manière absolue un quelconque régime ; si un Roi reste à préférer dans l’idéal -pour des raisons que le Netsiv ne précise pas-, la demande doit venir avant tout du Peuple…

Le XX siècle -et jusqu’aujourd’hui encore !- aura été témoin à répétition de ce envers quoi le Netsiv met en garde : des régimes politiques imposés à un peuple peuvent se finir dans l’effusion de sang – « relever de la sakanat nefashot » pour reprendre son expression - . Son commentaire - faisant par ailleurs, la jonction entre les différentes opinions des Rishonim - nous apparaît des lors d’une actualité remarquable….

 

Benjamin Sznajder

 

* R. Naftali Tsvi Yéhouda Berlin de Volozhin (1813-1893)

* Texte :

העמק דבר דברים פרק יז פסוק יד
ואמרת וגו'. אין הפי' אמירה כמשמעו בפה, אלא כלשון ואמרת אוכלה בשר וכדומה. אכן לפי לשון זה הי' במשמע שאין זה מצוה במוחלט למנות מלך אלא רשות כמו ואמרת אוכלה בשר וגו', והרי ידוע בדברי חז"ל דמצוה למנות מלך, וא"כ למאי כתיב ואמרת וגו', ונראה דמשום דהנהגת המדינה משתנה אם מתנהג עפ"י דעת מלוכה או עפ"י דעת העם ונבחריהם, ויש מדינה שאינה יכולה לסבול דעת מלוכה, ויש מדינה שבלא מלך הרי היא כספינה בלי קברניט, ודבר זה אי אפשר לעשות עפ"י הכרח מצות עשה, שהרי בענין השייך להנהגת הכלל נוגע לסכנת נפשות שדוחה מצות עשה, מש"ה לא אפשר לצוות בהחלט למנות מלך כל זמן שלא עלה בהסכמת העם לסבול עול מלך, עפ"י שרואים מדינות אשר סביבותיהם מתנהגים בסדר יותר נכון, או אז מצות עשה לסנהדרין למנות מלך, ומש"ה כתיב ואמרת וגו' שיהא העם מבקשים כך, אז שום תשים וגו'. והא ודאי א"א לפרש שאין בו מ"ע כלל כמו ואמרת אוכלה בשר וגו' וזבחת מבקרך וגו', שאינו אלא לאו הבא מכלל עשה שלא לאכול בלי שחיטה, ה"נ נימא דה"פ שום תשים עליך מלך אשר יבחר וגו' לא תוכל וגו' דוקא אשר יבחר, אבל א"א לפרש הכי דאם כן מאי איריא וירשתה וישבת בה ולא קודם, הא אפילו קודם ירושה שרי לעשות מלך, שהרי יהושע היה כמו מלך כמש"כ הרמב"ם הל' מלכים פ"א ה"ג ופ"ג ה"ח יע"ש, וכ"ה בסנהדרין די"ט, אלא ע"כ מצוה הוא, ומ"מ אין סנהדרין מצווין עד שיאמרו העם שרוצים בהנהגת מלך, ומש"ה כל משך שלש מאות שנה שהיה המשכן נבחר בשילה לא היה מלך, והיינו משום שלא היה בזה הסכמת העם: 

 

[i] Dvarim XVII, 14-15

[ii] Ilh’ot Melah’im I,1

[iii] Une littérature quasi-exhaustive est cité par le Tsitz Eliezer dans son Ilh’ot-Medina

[iv] Dans son commentaire sur notre parasha, et repris, quasiment mot pour mot, dans son commentaire sur le livre de Shmuel

[v] Dvarim, XII,20

 
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