Le crime était-il sexuel ?

  Cycle : la Paracha selon le Mechekh 'Hokhma*

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Le crime était-il sexuel ?

 

וְכִי-יָזִד אִישׁ עַל-רֵעֵהוּ, לְהָרְגוֹ בְעָרְמָה--מֵעִם מִזְבְּחִי, תִּקָּחֶנּוּ לָמוּת.


« Mais si quelqu'un, agissant avec préméditation contre son prochain, le tue avec ruse, du pied même de mon autel tu le conduiras à la mort.»

(Exode, 21,14)


A la lecture de ce verset qui énonce la loi du meurtrier, de nombreuses interrogations apparaissent. 


Tout d’abord, quel est l’apport particulier de ce passage ? En effet, de nombreuses occurrences de la Torah indiquent l’interdit du meurtre et sa sanction, comme le verset qui précède le notre (Exode 21,12), ou encore le sixième des dix commandements, etc… Il faudrait donc trouver un enseignement supplémentaire de ce passage, qui justifierait sa présence dans le texte.


Puis, au niveau du style du verset, il y a deux termes qui sont plutôt inhabituels : le motיזיד  (yazid) utilisé pour désigner la préméditation, et le mot ערמה (orma) pour désigner la ruse du meurtrier. Leur apparition est d’autant plus étonnante du fait qu’ils n’ont pas de conséquence juridique ! En effet, si l’on ouvre Maïmonide sur les lois du meurtre, on ne trouvera aucun passage qui différenciera le meurtre avec préméditation, ou celui commis avec ruse, du meurtre perpétré en conscience et en connaissance de cause par son auteur. Nous pouvons donc à juste titre nous demander quel est le sens de ces deux expressions.   


   Enfin, la fin du verset est pour le moins stupéfiante ! On nous précise que même un Cohen (prêtre) qui serait en service au temple (« du pied même de mon autel ») serait déchu pour être jugé et condamné s’il a commis un meurtre. Ce rajout est à priori complètement inutile : la Torah ne précise pas en général de règle particulière pour le Cohen, car l’on sait qu’il n’y a pas de raison de le différencier au regard de la loi des autres hommes ! On ne comprend donc pas pourquoi on a vu ici l’utilité de l’inclure expressément dans le verset.


   Pour tenter de répondre à toutes ces interrogations, nous allons rapporter la lecture que fait le Méchekh’ Hokh’ma de ce verset.


Rav Méir Simh’a haCohen recherche d’abord l’origine du mot orma désignant ici la ruse. Sa première occurrence dans la Torah est en fait dans le récit de la faute du premier homme. On y décrit en effet le serpent comme rusé. Et le Midrach d’expliquer la consistance de cette ruse : le serpent voulait tuer Adam pour avoir une relation intime avec Eve. Ce qui, rajoute le Méchekh’ Hokh’ma, est monnaie courante chez les nations : en effet, Abraham demande constamment à Sarah de se faire passer pour sa sœur lorsqu’ils sont en voyage, de peur qu’il ne soit tué dans le seul but de l’épouser. La ruse évoquée ici est donc celle de celui qui tue un mari avec comme objectif de lui prendre sa femme. Il en est de même pour le terme de préméditation (yazid) employé ici. Cette préméditation ne peut-être que le fait de l’homme qui a ce type de projet scabreux en tête. Le Talmud utilise d’ailleurs cette expression (yazid) pour désigner le fait d’ensemencer, ce qui nous montre la proximité sémantique qu’il y a entre la préméditation dont il est question ici et la sexualité. C’est donc la motivation du meurtre que nous apprend ce verset, peut-être pas de tout meurtre, mais du type de pensées desquelles il faut se méfier en général.
Qu’en est-il de la mention du Cohen dans ce texte ? Le Méchekh’ Hokh’ma explique qu’il y a lieu de prévenir ces comportements de façon plus insistante auprès des Cohanim pour deux raisons. D’une part, le fait qu’ils ne puissent épouser de femmes divorcées peut les conduire à tuer leur mari, là où un autre homme tenterait de les faire divorcer. De plus, ils sont régulièrement amenés à fréquenter des femmes mariées, étant habilités à recevoir les sacrifices qui concernent ces dernières en particulier.


Cette explication, au-delà de ce qu’elle justifie des mots du verset, nous permet aussi de prendre du recul vis-à-vis de la place donnée au Cohen dans la Torah. En effet, on pourrait s’imaginer que les restrictions conjugales qui lui sont imposées et sa place dans le service du Temple l’éloignerait de comportements pervers, ou tout au moins n’en seraient pas la cause. Le Méchekh’ Hokh’ma, lui-même Cohen, nous met ici en garde contre cette naïveté, qui consisterait à croire que le Cohen serait protégé par son statut de quelque chose, et il nous dit qu’à l’inverse, certains risques seront à prévenir avec plus d’insistance à son égard.       

 

Tsvi-Elihaou Lévy

 

*Rav Méïr Sima’ha haCohen de Dvinsk. 1843-1926

*Texte original :

משך חכמה שמות פרק כא פסוק יד
(יד) וכי יזיד איש על רעהו להרגו בערמה מעם מזבחי תקחנו למות. לא מוזר לומר בכוונת המקרא למה שנהוג אצל העמים וכתוב בתורה "פן יהרגוני אנשי המקום" בפרעה (בראשית יב) ואבימלך (שם כו). ולשון "ערמה" מצאנו אצל נחש (בראשית ג, א) והוא נתן עיניו בחוה כדברי הגמרא בפרק קמא דסוטה (תוספתא פרק ד): הוא אמר אהרוג אדם ואשא את חוה. וזה שאמר "כי יזיד איש על רעהו" - ויחמוד אשת רעו, ויהרגו כדי לישא אותה. לכן אמר "מעם מזבחי תקחנו למות" - כי זה יתכן להיות בכהנים יותר, משום שגרושה אסורה עליהם, ולכך אין להם לפעמים עצה אחרת ומוכרחים רק להמית בעליהם; והכוהנים, הנשים צריכות להם לעסקי קרבנות זבה ויולדת, לכן אמר "מעם מזבחי".
ולפי זה יתכן מה דדריש בפרק בן סורר ומורה: "איש" מזיד ומזריע, יצא קטן שאינו מזיד ומזריע - פירוש שאינו מוליד - מלשון "ויזד יעקב נזיד". דלפי זה אתי שפיר שאצל הקטן לא נגמרו כלי ההולדה ואינו מתאוה ולא מצוי אצלו אופני רציחה כאלה. וכן קטן אינו מצוי אצל המזבח שאינו עובד ועבודתו פסולה, כמבואר פרק קמא דחולין דף כד, ע"ב ודו"ק:

 

 
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