Iznogoud et le verre à moitié rempli

Iznogoud et le verre à moitié rempli

Réflexion sur notre situation actuelle à la lumière de la Méguilat Esther

Iznogoud

 

Iznogoud est un personnage de bande dessinée créé en 1962 par René Gosciny. À l’époque du Califat, le Vizir du Calife Haroun-el-Poussah rêve secrètement de prendre la place de ce dernier. Il le revendique –en privé- à longueur de temps par cette célèbre formule : « Je veux être calife à la place du calife ! ». Ce qui est remarquable dans ce personnage, c’est sa faculté à être toujours frustré et en colère parce qu’il n’a pas ce qu’il veut. Il est le second du royaume, mais peu lui importe : seule la satisfaction de son désir doit le rendre heureux. C’est du moins ce qu’il pense.

Monsieur Gosciny devait être un lecteur assidu de la Bible pour présenter une telle idée. Iznogoud est un peu le Haman de notre Méguila. Il est "he’s no good" et Haman est le "racha", le "mauvais" : "he’s no good " ! Mais au-delà de cette similitude amusante, le point qui nous intéresse concerne la « mida » de Haman, son trait de caractère qui surpasse tous les autres : l’insatisfaction permanente. Il est promu en tant que second d’A’hachveroch,  il est donc lui aussi une sorte de « Vizir ». Tous se prosternent devant lui, sa richesse est immense, et il pense même –à tort- que la reine Esther veut organiser un repas pour l’honorer spécifiquement… Heureux ? Que nenni ! Haman souffre car il a un gros problème dans sa vie : Mordekhaï le juif refuse de se prosterner devant lui. Il fait même part de ce souci existentiel majeur à ses amis et sa femme, qui lui servent alors officiellement de conseillers,  mais officieusement de thérapeutes :

Haman leur raconta la gloire de sa fortune et le grand nombre de ses fils, et comment le roi l’avait grandi et comment il l’avait élevé au-dessus des princes et des serviteurs du roi ; et Haman ajouta : « De plus, la reine Esther n’a invité que moi avec le roi, au festin qu’elle a préparé ; et demain aussi je suis convié par elle avec le roi. Mais tout ceci ne vaut rien à mes yeux chaque fois que je vois Mordekhaï le juif assis à la porte du roi ».

(Esther 5, 11-13)

Le texte témoigne donc qu’Haman souffre du symptôme du « verre à moitié vide ». Lorsqu’un verre est rempli à moitié, on peut le voir de deux manières : à moitié vide ou à moitié plein. On a tous un peu de Haman en nous. Ce mal se ressent particulièrement en ce moment dans la communauté juive française. Nous sommes tous anxieux des évènements. Nous nous posons tous des questions. Qui depuis l’attentat de Toulouse en 2012 n’a pas eu une fois un petit pincement au cœur en amenant ses enfants à l’école ? Qui ne s’est pas surpris à penser une fois dans la Synagogue qu’un terroriste pourrait rentrer et s’en prendre aux fidèles ? Nous sommes conscients des problèmes et du danger, et en tant que responsables communautaires, nous essayons de prendre davantage de mesures pour assurer la sécurité de nos communautés.

Mais faut-il s’arrêter à ces constatations ? Car les discussions des Juifs français entre eux ne portent bien souvent que sur cela… En réalité, l’angoisse s’accompagne de signes positifs : le gouvernement français a bien pris note de nos peurs et a témoigné son désir de nous voir rester et participer au fonctionnement de la République. Ce désir s’est manifesté dans les mots, mais également dans les gestes par la protection accrue des sites juifs.  J’entends ici et là des comparaisons entre l’Allemagne nazie des années 30 et notre situation aujourd’hui en France. Quelle absurdité ! A-t-on vu le gouvernement nazi faire appel à ses soldats pour protéger les lieux de cultes juifs ? Cette comparaison est aussi mensongère qu’indécente.

On peut voir le verre à moitié plein en remarquant cette belle attention du gouvernement français. On peut le voir à moitié vide en ne remarquant que l’augmentation de la menace antisémite. Personnellement je préfère simplement y voir un verre contenant de l'eau jusqu'à la moitié.

Yona GHERTMAN

Commentaires (4)

1. David 25/02/2015

@ Emmanuel Bismuth:

"Jusqu'à quand ?" En tous cas tout le temps que les inconscients persisteront à bavarder dans les synagogues pendant la Tefila, ce qui est totalement assour. On a eu Ilan Halimi, Toulouse, HyperCacher Vincennes et tant d'autres drames, mais les pipelettes refusent toujours de se taire. En France, quasiment toutes les synagogues sont infectées par ce fléau, ce Hiloul Hashem. Rien ne sert de tourner autour du pot et de se poser les mauvaises questions, car elles n'apporteront que les mauvaises réponses. Il faut diagnostiquer L'ORIGINE du mal, ça devient urgent. Et de ce point de vue, une Aliya ne règlera absolument rien.

2. yona-ghertman (site web) 23/02/2015

Salut Emmanuel,

Avec tout le respect que je te dois également, je t'invite à mieux lire :

1) Il n'est pas écrit "Haman c'est nous", mais "On a tous UN PEU de Haman en nous"... Désolé si cette constatation te choque, mais oui nous ne sommes pas tous des Mordekhaï ou des Moshé Rabbénou, nous avons aussi un peu de traits de caractères mauvais qui se rapprochent davantage de ceux des personnages que nous abhorrons.

2) Tu as dû manifestement sauter un passage du billet, à quoi cela sert-il de me rappeler qu'il y a de l'antisémitisme en France, alors que j'écris moi-même :
"Nous sommes tous anxieux des évènements. Nous nous posons tous des questions. Qui depuis l’attentat de Toulouse en 2012 n’a pas eu une fois un petit pincement au cœur en amenant ses enfants à l’école ? Qui ne s’est pas surpris à penser une fois dans la Synagogue qu’un terroriste pourrait rentrer et s’en prendre aux fidèles ? Nous sommes conscients des problèmes et du danger, et en tant que responsables communautaires, nous essayons de prendre davantage de mesures pour assurer la sécurité de nos communautés."


3) Là ta question est légitime : Jusqu'à quand ? De toute manière nous n'avons cessé de bouger à travers les lieux et le temps. Nous ne sommes éternels nul-part. Mais là n'est pas mon propos : il y a d'après moi deux signes qui annoncent notre départ imminent : une politique violemment anti-juive ou un antisémitisme tellement fort que les juifs puissent être attaqués sans que les coupables n'encourent de peine.Nous n'en sommes pas là. Nous en sommes loin.

4) Encore une fois, relis. Cf. le passage cité dans le second point.

5) Alors là cette dernière remarque est totalement hors-sujet : à aucun moment il n'est question de la alyah dans ce texte,ni en bien ni en mal.

Pourim Saméa'h !

3. Emmanuel Bismuth 23/02/2015

Bonjour Yona,

Avec toute l'affection que je porte pour toi, je trouve ce texte "répugnant" :

1) Haman c'est nous (pff...) - jusqu'à quand cette haine de soi ? A quoi cela rime de se flageller en permanence ?
2) L'antisémitisme monte dangereusement en France - c'est un fait, pas un fantasme communautaire (FN premier parti de France je te rappelle et l'extrême gauche n'est malheureusement pas moins antisémite sous couvert d'antisionisme). Il n'y a pas un jour où des incidents antisémites ne se déclarent (graves et moins graves) : profanations de cimetière, crimes antisémites, déclarations antisémites de responsables ou d'anciens responsables politiques etc.
3) Je suis d'accord que cela n'a rien à voir avec les années 30 et que le gouvernement français tient bon dans son attachement aux valeurs républicaines pour le moment. Mais jusqu'à quand ?
4) A quoi cela rime de faire tout ce tintamarre "tout va bien en France Mme la Marquise" ? Nier le péril n'apporte aucun réconfort, c'est la politique de l'autruche.
5) Enfin, dernier point, je trouve déconcertant que tant de rabbanim dénigrent la aliyah, se moquent des angoisses de leurs confrères, se plaisent en "galout" sous la protection de notre cher gouvernement français. Ce républicanisme soudain cache quelque chose à mon avis...
Bonne fête de Pourim d'ici là ;-)

4. Aharon blc 23/02/2015

il est vraiment bien ce petit Rabbin hein

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