La conversion au judaïsme

Une identité juive en devenir

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Dans ce second livre sur la conversion au judaïsme, l'auteur aborde des questions inédites :

Existe-t-il des prédispositions morales pour se convertir ? Comment comprendre l'interdiction pour un Cohen de se marier avec une femme convertie ? Qu'est-ce que le guiyour la'houmra, et quelle est son origine ? Etc. 

D'autres sujets, déjà discutés dans le premier tome, sont également repris et approfondis. 

Cependant, au-delà des problématiques concrètes mises en avant dans l'ouvrage, l'auteur propose également en trame de fond une réflexion générale sur le sens et la portée des conversions au judaïsme. 

Vidéo de présentation du livre :

 

Interview du Rav Yona Ghertman

Le site des études juives :

Rav Ghertman bonjour, vous publiez un nouvel ouvrage sur le thème de la conversion au judaïsme. Vous aviez déjà publié un premier livre sur ce thème en 2015. Pourquoi ce choix de thème ?

Yona Ghertman : 

J’ai eu l’envie d’écrire sur le sujet des conversions, après avoir étudié les textes relatifs à cette thématique au Collel de Nice (C.E.J, Yechiva Torat ‘Haïm). A l’époque, j’avais remarqué que l’étude de « comment devenir juif » permettait au fond de répondre à une question bien plus générale : « Qu’est-ce qu’être juif ? » C’est pourquoi j’avais appelé l’ouvrage « Une identité juive en devenir », afin de réfléchir sur le fondement de l’identité juive, entre universalité et spécificité.

Puis, après la parution du premier ouvrage, j’ai commencé à suivre concrètement des personnes en voie de conversion. J’ai été véritablement émerveillé par les démarches si différentes et par la grande volonté des uns et des autres. Cela m’a donné envie d’approfondir encore plus le sujet, et c’est ainsi que j’ai rédigé ce second ouvrage sur le sujet.


LSDEJ :

Vous faites allusion au suivi des personnes au conversion. Rappelons à nos lecteurs que vous assistez le Grand Rabbin, Rav Franck Daniel Teboul, dans le service des conversions du Consistoire de Nice et de la région. Est-ce que votre vision du sujet a évolué depuis que vous êtes impliqués dans cette mission ?

YG :

Je voudrais tout d’abord profiter de votre question pour remercier le Grand Rabbin Teboul, ainsi que le Roch Beth-Din, Rav Shimon Benagou, et tous les Rabbanim de la région qui font un travail magnifique dans l’accueil des personnes en conversion.

Il est certain que l’aspect « pratique » est plus délicat que l’aspect « théorique ». En théorie, la Torah est vraiment magnifique, et beaucoup veulent devenir juifs pour en découvrir toujours davantage. En pratique, cela est plus difficile, car il y a de nombreuses contraintes dans la vie juive. Aussi le rôle des rabbins en charge des conversions est avant tout de responsabiliser, en faisant comprendre que l’observance des mitsvote est une condition fondamentale si l’on veut rejoindre le peuple juif.

Pour répondre précisément à votre question, ma mission auprès du rabbinat m’a poussé à réfléchir aux conséquences de l’entrée dans le peuple juif. Faut-il ouvrir la porte à tous ceux qui montrent un intérêt pour la Torah ; ou bien faut-il se montrer plus strict, notamment car on constate que plusieurs personnes pratiquent moins après leur conversion ? Un second point lié directement aux différents entretiens : Chaque candidat à la conversion a une motivation différente. Néanmoins, en allant un peu plus loin, on remarque qu’au fond, il y a toujours quelque-chose d’inexplicable. En réalité, tout est parti d’un ressenti. Pourquoi ce désir de rejoindre la Torah et le peuple juif chez une personne et non chez une autre ? C’est là un grand mystère qui dépasse certainement la pensée rationnelle.

LSDEJ : Au fil de l’histoire du peuple juif, comment la Torah aborde-t-elle le concept de conversion (surtout en cette période de Chavouot avec Ruth) ?

Y. G : Nos maîtres se fondent sur l’histoire de Ruth pour enseigner les modalités de la conversion (Yebamote 47a). Rejoindre le peuple juif paraît alors à la fois naturel et exigeant. Naturel, car Ruth accompagne sa belle-mère - Na’omi - en Erets-Israël et s’y intègre totalement. Exigeant, car Na’omi recommande à plusieurs reprises à Ruth et sa belle-sœur – ‘Orpa – de ne pas la suivre. Cette dernière rebrousse finalement chemin, alors que Ruth insiste et prouve sa volonté de rejoindre la Torah.

En outre, on apprend dans le Talmud que l’approche des conversions n’est pas la même en fonction du lieu et du contexte. A l’époque romaine, durant laquelle les juifs étaient persécutés, la procédure semble assez rapide (Yebamote, ibid.). En revanche, à l’époque des rois David et Salomon, il était interdit par le Sanhédrin (tribunal suprême) de procéder à des conversions, par crainte que celles-ci ne soient pas sincères, mais motivées par l’intérêt de rejoindre un peuple vivant dans l’opulence (cf. Yebamote 24a).

LSDEJ : Pourquoi est-ce qu’une conversion au judaïsme est aussi compliquée et dure aussi longtemps ?

Y.G : La procédure de conversion était plus rapide aux époques de persécution car la motivation était alors évidente. Qui voudrait se convertir s’il risque la peine de mort en le faisant ? Dans le même ordre d’idées, les conversions étaient quasiment à l’arrêt dans les périodes d’opulence, car il était impossible de cerner la juste motivation. Aujourd’hui, nous ne sommes ni dans le premier cas de figure, ni dans le second. Le temps que prend la procédure de conversion permet aux autorités rabbiniques de s’assurer que le choix de se convertir est mûrement réfléchi, et qu’il perdurera dans le temps.

Par ailleurs, dans ce nouveau livre sur la conversion au judaïsme, je mets en avant le rapport entre « conversion », « galoute » (exil) et « guéoula ». En me fondant sur nos sources traditionnelles, j’y explique que la perduration de la galoute est due en partie aux conversions prises à la légère, dans lesquelles la Torah est abandonnée par la suite. A l’inverse, les conversions sincères et mûrement réfléchies sont une clef fondamentale de la guéoula.

Cet enjeu si important explique aussi les grandes exigences de la procédure de conversion.

LSDEJ : Cette année en Israël, la Cour suprême a décidé la reconnaissance des conversions via les courants libéraux et réformistes. Qu’en pensez-vous ? Quelles conséquences à long terme cela peut avoir sur le ‘am Israël ?

Y.G : Les communautés orthodoxes ne reconnaissent pas les conversions établies par des tribunaux rabbiniques non-orthodoxes (Iguérote Moshé Yoré Déa 1, 160 et 2, 127). Par conséquent, une personne convertie par un mouvement réformiste ne peut pas se marier dans un cadre traditionnel. De même, si elle s’unit à un juif, l’enfant né de cette union ne sera pas considéré lui-même comme juif par la grande majorité des institutions juives religieuses (Consistoire ; Rabbanoute israélienne ; Loubavitch ; etc.).

Or, en raison de cette décision et des modalités déjà en vigueur de la « Loi du retour », il est possible d’être Israélien et de fréquenter exclusivement des milieux juifs, sans être considéré comme juif d’après la Halakha. Cela est dramatique pour les enfants qui naîtront de ces unions et qui le ressentiront comme une grande injustice : Ils iront à l’école comme leurs camarades juifs, mais ils seront différents. C’est également la porte ouverte à une augmentation de l’assimilation au sein-même de l’Etat d’Israël.

Dans mon nouvel ouvrage, j’expose dans un chapitre le statut des Samaritains. Ces derniers ont été plus ou moins intégrés au sein du peuple-juif, sans vraiment être considérés comme de « vrais » juifs. On constate dans nos sources que cette situation a été la cause de grandes catastrophes, dont l’impossibilité de reconstruire le Temple de Jérusalem.

Est-ce à dire que l’histoire se répète ? J’ose espérer que non. Cet espoir se fonde notamment sur tous les parcours de vie magnifiques que je rencontre régulièrement dans mon activité de responsable des conversions, et qui constituent un véritable encouragement et une bénédiction pour tout le peuple juif.

Haskamote (recommendations sur l'ouvrage) : 

- Rav Yihya TEBOUL, Av Beit Din de Lyon et Région 

- Rav Moshé MERGUI, Roch Yéchiva de Torat 'Haïm (C.E.J-Nice)

- Rav Imanouel MERGUI, Roch Collel Yéchiva Torat 'Haïm (C.E.J-Nice)

- Rav Franck Daniel TEBOUL, Grand Rabbin de Nice et Région

 

 

Yona GHERTMAN, La conversion au judaïsme, Une identité juive en devenir (Tome 2), éditions Lichma, 2021, 270 pages

Date de dernière mise à jour : 15/05/2021

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