Plaidoyer pour le Judaïsme

Plaidoyer pour le judaïsme de nos pères, pour nos enfants

Plaidoyer pour le judaisme

Par Jacky MILEWSKY

 

 

Compte-rendu de l’ouvrage, par Y. Ghertman

 

Le titre de cet ouvrage du rabbin Milewsky peut être trompeur. Que le lecteur ne s’attende pas à une explication pédagogique « pour nos enfants », à leur intention. « Pour nos enfants » signifie plutôt : dans leur intérêt. Il est dans l’intérêt des enfants que les parents saisissent l’essence du « judaïsme de nos pères » afin de leur transmettre une tradition authentique, dont l’authenticité provient justement d’une compréhension exacte de ce qu’est la ‘Halakha’ (loi juive).

Aussi l’ouvrage est-il érudit, souvent technique, faisant rentrer le lecteur dans une véritable étude de plusieurs sujets halakhiques. Certes d’une manière succincte, mais assez claire pour tenir compte des enjeux de chaque sujet dans notre société ‘moderne’. Car c’est essentiellement de cela qu’il s’agit : le rapport du judaïsme à la modernité. L’auteur prend le contre-pied des théories ‘modernistes’ en vogue, théories mettant en avant la supposée ‘richesse’ des controverses talmudiques et la -tout autant supposée- adaptation de la loi à la société. Au contraire, écrit le Rav Milewsky citant Rabbi Sim’ha Boun’am de Pchiss’ha : « La loi est placée devant l’homme pour qu’il l’atteigne et devienne par là même un être humain. La loi ne suit pas la collectivité, elle est située devant » (pp. 24-25).

Bien loin des affirmations dogmatiques, l’auteur argumente, il défend sa position par une étude méthodique de passages talmudiques et halakhiques. Le tour de force est d’appuyer sa thèse par des écrits provenant d’auteurs habituellement accaparés par les ‘modernistes’ : Lévinas, Franz Rosenzweig, Rav Y.D Soloveitchik, etc. Sa lecture talmudique s’accompagne ainsi d’une lecture historique, ou plutôt, d’une philosophie de l’histoire juive plaçant le droit au centre de ses préoccupations. Le titre du chapitre 4 annonce ainsi : « Pour un judaïsme qui transcende l’histoire et les sociétés ».

Le Rabbin Milewsky ne néglige pas l’humain dans la loi, mais relève que les institutions rabbiniques en faveur de l’humain correspondent avant tout à la recherche d’une application juste de la Torah. Il choisit ainsi plusieurs sujets favoris des mouvements réformés : l’évolution de la Halakha ; « la question du féminin » (ch. 8) ; le rapport de la Halakha à la sagesse des nations (ch. 7 : « la question des emprunts »), etc. Par une analyse de ces thématiques, toujours bien documentée, il bat en brèche l’idée que la diversité des avis halakhiques autorise le juif lambda à agir comme il le souhaite, du moment qu’il est heureux ainsi. Au contraire, « le fait de se ‘sentir bien’ n’a jamais été pour la tradition juive un étalon permettant de définir la légitimité morale et juridique d’une conduite » (p. 25).

Petit bémol : on aurait pu souhaiter que l’auteur limite les exemples étayant sa thèse afin de les approfondir davantage. On pense notamment au passage sur l’autorité du Shoul’han ‘Aroukh qui est trop succinct et manque de précisions (pp.130-131).

 Au-delà de cette dernière critique, l’ouvrage peut prétendre être un livre de référence sur la loi juive. On peut d’ailleurs regretter qu’il n’ait pas eu à sa sortie la publicité qu’il mérite. Peut-être est-ce dû en partie au titre qui n’évoque pas explicitement le contenu, ou alors -ce qui est plus probable- à une certaine crainte du lectorat juif à entamer une étude qui ne dira pas forcément ce qu’il veut entendre… 

 

 

 

J. Milewsky, Plaidoyer pour le judaïsme de nos pères, pour nos enfants

Biblieurope 2015, 193 pages.

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