Waldemar Mordekhaï Haffkine : Biographie

  WALDEMAR MORDEKHAÏ HAFFKINE (1860-1930).

 BIOGRAPHIE INTELLECTUELLE


par Joël Hanhart

 

Couverture livre haffkine hc

 

 

Disons-le avant toute chose : le livre que Joël Hanhart consacre à Haffkine n’est pas une biographie ordinaire. Ou plutôt : la partie biographique, bien que richement documentée (il s’agit en fait d’une retouche de son travail de thèse, issu d’une douzaine d’année de recherche, notamment à partir de fonds d’archives jusqu’à présent très peu exploités), n’est qu’un prétexte.

Le nom de Haffkine ne dit pas grand chose à la plupart d’entre nous. A la fin du 19ième siècle, ce scientifique, disciple de Pasteur, mit au point des vaccins contre la peste et le choléra. On comprend donc que ses découvertes lui valurent la notoriété. Haffkine, étant devenu pratiquant, mit cette célébrité au service de son peuple : il défendit le judaïsme d’Europe de l’Est durant l’élaboration du Traité de Versailles, écrivit pour défendre la pratique des mitsvot, se mit en danger en Union soviétique et finalement fit don de toute sa fortune aux Yechivot d’Europe de l’Est.

Waldemar haffkine

J. Hanhart décrit ce destin, en contextualisant les différents épisodes. Au final, la partie intitulée « le roman oublié » se lirait presque d’une traite si l’ouvrage ne dépassait pas les six-cents pages !

Si cet ouvrage doit faire date parmi les publications traitant en français de l’histoire juive au cours des derniers siècles, c’est parce qu’il se pose comme une réflexion iconoclaste sur ce que peut signifier la mémoire juive contemporaine et plus largement l’histoire du peuple juif.

J. Hanhart postule en effet que si un personnage comme Haffkine n’a pas pu être retenu, c’est parce que l’historiographie juive classique ne peut pas tenir compte de son Retour au judaïsme. L’auteur revisite donc les postulats de l’historiographie juive. De Flavius Josèphe jusqu’aux auteurs contemporains, il s’attaque méthodiquement à déconstruire l’œuvre des historiens du peuple juif (dans la partie intitulée « l’oubli du roman »). Il parvient de la sorte à des hypothèses révolutionnaires : « Haffkine remet en cause la figure de celui qui s’est défini comme intellectuel juif … Ne pas être moderne était alors un crime contre le Temps. S’il voulait survivre, le judaïsme devait se moderniser. La réforme était une option, le regard scientifique sur le judaïsme une autre. En aucun cas, le Juif ne pourrait continuer à vivre dans le respect des mitsvoth, comme si de rien n’était. Et Haffkine pourtant décida de continuer. Comme si de rien n’était. Car ce qui était, les chaires universitaires et les ouvrages savants, les sociétés académiques et les discours philologiques, en fin de compte, ce n’était rien. Rien d’autre que ce néant, qui depuis que Rome est Rome, se proposait comme alternative à la Torah. »

Et Hanhart de conclure, en invitant, paraphrasant Haffkine, à retrouver « l’attitude, digne et respectable, du Talmid »

En se basant sur l’auteur du « Plaidoyer pour l’orthodoxie », Joël Hanhart a la finesse de ne pas se livrer à un réquisitoire explicite contre le judaïsme consistorial ou réformé. Que l’on ne s’y trompe pas : les institutions qui ont pu faire le judaïsme français (Consistoire, Alliance israélite universelle, Société des Etudes Juives, Union libérale israélite) sont passablement remises en cause (de même d’ailleurs que l’Organisation sioniste ou les journaux dits orthodoxes). Mais la leçon principale de Haffkine, c’est peut-être que la voie de l’union autour de la Thora est la seule qui mérite d’être suivie si l’on veut assurer aux Juifs leur survie.

Un reproche majeur que l’on peut faire à ce livre : son volume ! Le développement des thèses développées par Joël Hanhart le justifie sans doute. Mais la vie de Haffkine, au sens strict, mériterait qu’on publie à ce sujet un ouvrage plus léger, qui retracerait uniquement sa biographie.

Néanmoins, au vu des réactions que les thèses de Hanhart sont susceptibles de provoquer, on conseillera vivement la lecture patiente de cet ouvrage, facilitée par un style prenant et un rythme bien construit.
 

 

Éditeur : Honoré Champion

Année : 2016

Nombre de pages : 692


 

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Date de dernière mise à jour : 23/11/2016