A qui appartient la terre d'Israël ?

A qui appartient la terre d’Israël ?

Etude du premier commentaire de Rachi sur la Torah

Canaan

 

Selon une lecture littérale du texte de la Torah, le premier chapitre du Pentateuque développe une perspective universelle, puisqu’il décrit la création du Monde et les débuts de l’Humanité. Cependant, la lecture rabbinique, rapportée et diffusée par le célèbre commentateur champenois Rachi[1], établit un lien direct entre les premiers mots de la Genèse, et le sujet de la légitimité sur la terre d’Israël. En effet, alors que le texte énonce « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », le Midrash établit une exégèse spécifique :

Rabbi Itz’hak a dit : La Torah, [en tant qu’elle constitue essentiellement un code de lois][2], aurait dû commencer par : « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois » (Exode, 12, 2), puisqu’il s’agit du premier commandement prescrit à Israël[3]. Pour quelle raison débute-t-elle avec ‘Beréchith’[4] ? Car ‘la puissance de Ses hauts faits, Il l’a révélée à Son peuple, en lui donnant l’héritage des nations’ (Psaumes 111, 6). Ainsi, si les nations du monde disent à Israël : ‘Vous êtes des voleurs, vous avez conquis les terres des sept nations[5] !’ ; ils leur diront [alors] : ‘Toute la terre est au Saint béni soit-Il. C’est Lui qui l’a créée et Il l’a donnée à celui qui est droit à ses yeux. C’est par Sa volonté qu’Il leur a donnée, et c’est par Sa volonté qu’Il leur a reprise et qu’Il nous l’a donnée !’ »[6]

La Torah, qui est composée de cinq livres – ‘Houmach (Pentateuque) – est avant tout un code de lois[7] à l’adresse des bné-Israël. Dès lors, pourquoi faut-il attendre d’avoir entamé le second tome de cet ouvrage légal pour en découvrir les injonctions pratiques ? Pourquoi un code de lois raconterait-il des histoires ?

Rachi tente de répondre à cette question. D’une première lecture, superficielle, il apparaîtrait que la Torah commence ainsi afin d’enseigner un principe fondamental : le peuple juif n’est pas un usurpateur sur la terre qu’il occupe. Au contraire, celle-ci lui revient de droit. Cependant, une étude sérieuse du Midrash, cité par Rachi, montre qu’une telle lecture doit être nuancée.

 

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Commentaire du premier rachiCommentaire du premier rachi

 

Nombre de pages : 14 

 

 

Notes

[1] R. Shlomo ben Itz’hak, 1040-1105 (Troyes-Worms).

[2] Précision de Jacques Kohn z’’l dans sa traduction du commentaire de Rachi (en ligne sur Sefarim.fr).

[3] Il s’agit du commandement imposant à la collectivité de proclamer solennellement chaque début de mois (Roch ‘Hodech).

[4] « Béréchit » signifie littéralement « aux prémices », c’est-à-dire, « au début ». Il s’agit du premier mot de la Torah introduisant le récit de la Genèse du Monde et de l’Humanité.

[5] C’est-à-dire, la terre de Canaan, pays divisé entre sept collectivités différentes, mais faisant toutes parties de la domination générale de « Cananéens ».

[6] Midrash Tan’houma yachan 11 et Yalkout chim‘oni, Bo 187. Version citée par Rachi dans son premier commentaire sur la Genèse.

[7] Le mot « Torah » lui-même signifie également « loi » (cf. par exemple Exode 12, 49 ; Lévitique 7, 7 ; Nombres 15, 16 ; etc.).

Date de dernière mise à jour : 17/04/2024

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