Joyeux Adar

 

משנכנס אדר מרבין בשמחה ?

Joyeux Adar

Dessin anniversaire champagne

Cette phrase issue du traité Taanit (29a) qui marque le début des réjouissances de Pourim est si célèbre qu’on n’y prête pas intention, ni d’intentions d’ailleurs : « Dès qu’entre le mois d’Adar, on multiplie la joie ». la seule mention de sa source devrait pourtant faire sourciller : Taanit parle des jeûnes.

C’est que notre texte ne se pose que comme un complément à une michna  :

Dès que le mois d’Av commence, on diminue en joie (Taanit 26a)

Les deux affirmations s’articulent de la façon suivante : « De même qu’au commencement du mois d’Av on diminue en joie, on augmente en joie dès le début du mois d’Adar ». Le parallèle est étonnant : alors que le mois d’Av est caractérisé par les malheurs relatifs à la destruction du Temple, le mois d’Adar est marqué par l’histoire d’Ester qui se déroule en exil, et qui n'a pas de rapport avec le Temple, ni avec la terre d’Israël. Pourquoi saisir l’occasion de la destruction du Temple pour parler de Pourim ?

Une autre question pourtant devrait retenir l’attention : pourquoi dès le début du mois d’Adar faudrait-il multiplier les occasions de joie ? Ne faudrait-il pas attendre le 15 Adar, date de la fête ? Se serait-il passé quelque chose au début du mois d’Adar qui le justifierait ?  

Que se passe-t-il au début du mois d’Adar ? La première michna du traité de Chekalim nous l’enseigne :

Le premier Adar, on fait sonner les chekalim. 

Rabbi Ovadia de Barténora (XVeme siècle)  commente :

Le sanhédrin envoie dans toutes les villes d’Israël des émissaires annonçant d’emmener leurs pièces (en réalité un demi chékel) ; car au début du mois de Nissan –c'est-à-dire le mois suivant- il fallait amener les sacrifices publics des nouveaux prélèvements (…), c’est pourquoi on annonçait dès le début du mois d’Adar d’amener les chekalim.

Dès la néoménie du mois d’Adar on prévenait qu’on allait procéder aux prélèvements pour les sacrifices publics. Dès le quinze du même mois, on déposait des comptoirs dans les villes afin de procéder au prélèvement.

On comprend dès lors que la multiplication de la joie est liée au renouvellement des sacrifices. En fait, ce texte n’a rien à voir avec Pourim ! C’est pourquoi c’est à l’occasion de la diminution de la joie liée au mois de Av, que le talmud se remémore cette phrase célèbre. Il n’est donc pas besoin de faire un lien mystique entre le mois d’Adar et le mois d’Av pour le comprendre.  

Notons enfin qu'Il reste une trace de ces prélèvements dans les lectures hebdomadaires : le Chabbat précédent la néoménie de Adar, on lit en plus un extrait de la Torah (Chémot 30.11-16) rappelant le prélèvement réalisé par les hébreux dans le désert en vue de la construction du tabernacle.

Franck BENHAMOU

Judaïsme Adar Pourim Chekalim Av

Commentaires (7)

1. S.E. 13/03/2014

http://asif.co.il/?wpfb_dl=1969
Je pense que c'est intéressant de comparer avec cet article.

2. Franck Benhamou 03/03/2014

Un taux d'imposition de 0.6% ça fait rêver, non?

3. Franck Benhamou 02/03/2014

La somme n'était pas énorme, en gros une fois par an 8% d'un mois de salaire. Voyez la référence: http://he.wikipedia.org/wiki/%D7%9E%D7%97%D7%A6%D7%99%D7%AA_%D7%94%D7%A9%D7%A7%D7%9C Sinon, il s'agissait d'une somme fixe.

4. Emmanuel 02/03/2014

Si je comprends bien, c'est le fait de savoir à quoi l'argent est destiné qui provoque de la joie. Je paie des impôts, mais pour les sacrifices du temple.

Un peu comme aujourd'hui, quand on est content de payer des impôts pour la qualité de ce qu'on a en retour :)

5. hrsh 02/03/2014

Et si donner de l'argent pour les sacrifices pour mieux servir D. était source de joie? Personnellement, j'en rêve.

6. benhamou 27/02/2014

Longtemps, avant d'avoir examiner ce texte, je m'étais dit qu'il devait y avoir un rapport secret et mystique entre Pourim et Ticha béav. Et l'imagination peut être fertile. IL n'en n'est rien. Il ne s'agit pas simplement de donner de l'argent, mais de l'idée que tous les ans il y a un renouvellement au Temple, qu'on ne roule pas sur des vieilles sommes et des vieilles bêtes. Certes on peut rechigner à donner son argent, mais c'est un peu du lien social qui se joue ici, un acte collectif. Bien sûr, si l'on n'est pas sûr de "où va l'argent", on traine les pieds.

7. Yona Ghertman 27/02/2014

Merci pour ce billet Franck.

À la réflexion, ce que tu dis est assez évident ; c'est vrai que le problème était de ne jamais s'être posé la question ! Mais je ne vois pas en revanche quel est le rapport non-mystique avec Adar. Par ailleurs en quoi le fait de donner de l'argent provoque de la joie, ne devrait-ce pas être l'inverse ?

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