La différence dans le Shalom

La différence dans le Shalom

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« Shalom » n’est pas « shalva » qui signifie « tranquillité ». D’autres idées se retrouvent dans ce mot, considéré par ailleurs comme l’un des noms de Dieu. Il se rapproche du mot « shalem » (complet/entier). C’est une idée de plénitude et d’aboutissement qui se dégage ici.

Au-delà de la cessation des disputes, le concept est associé à la « tsedaka » : « celui qui multiplie la tsedaka multiplie le Shalom » (Avot 2, 7). Si ce terme est habituellement traduit par « charité », sa véritable signification se rattache au mot « tsedek » (juste/justice).  C’est que la répartition des richesses entre les hommes permet de tendre vers la justice sociale. Une société dans laquelle les différentes classes sociales cohabitent sans redistribution des richesses vers les classes défavorisées n’est pas une société en paix. L’absence d’union économique entre les différents membres de la société ne rend pas sa réussite « complète ».

Sur le plan du débat d’idées, que les enjeux soient simplement intellectuels ou également sociaux et politiques, l’inverse du « Shalom » est l’affirmation d’un point de vue au détriment des autres, jusqu’à leur dénier toute légitimité. Or, lorsque personne n’ose se prononcer contre la doxa et que la réflexion reste tranquillement dans le cadre des idées établies, l’absence de confrontation des opposés empêche les démarches « entières », « complètes », le « shalem » qui caractérise le « Shalom ».

Etonnamment, en ce qui concerne l’étude de la Torah, la disputation peut constituer l’essence de la paix. La possibilité que des avis divergents soient considérés comme légitimes sans pour autant les contraindre à se concilier constitue l’expression la plus complète des idées.  À propos de la sentence du Psalmiste « Une grande paix pour ceux qui aiment ta loi, pour eux point de chute » (Psaumes 119, 165), d’aucuns remarquent que l’expression hébraïque « Shalom rav/ une grande paix » correspond à la guematria (valeur numérique) du mot « ma’hloket / discorde » (578). Selon le Talmud, « les disciples des Sages font croître la paix dans le monde » (TB Berakhot 64a). C’est que l’étude poussée à son paroxysme aboutit à différentes positions parfaitement argumentées et légitimes, bien que totalement opposées. Or dans de tels cas, « la controverse devient l’essence d’une véritable paix ».

Néanmoins, la controverse ne devient l’instrument du Shalom qu’à condition de s’inscrire dans un cadre précis. La première limite est une recherche sincère de vérité, à l’opposé des contradictions mues par la recherche d’une position de supériorité ou des honneurs. Ce que la Michna distingue expressément : « Toute ma’hloket (discorde) qui a lieu dans l’intérêt du Ciel finira par se maintenir, mais celle qui n’a pas cet intérêt ne se maintiendra pas » (Avot 5, 17). La seconde limite, aussi indispensable que la première, est la nécessité que les différents avis s’expriment dans une ligne directrice commune. Au sein-même du rabbinat français j’ai ainsi pu constater lors du dernier congrès rabbinique que différentes voix se font entendre, portant des messages aussi divergents que complémentaires. Le Grand Rabbin de France, le Rav ‘Haïm Korsia, a toutefois rappelé à la suite d’un brillant exposé du précédent Grand Rabbin d’Israël, Rav Shlomo Amar, que l’esprit d’un judaïsme authentique, et donc pluriel, doit avoir pour cadre l’orthodoxie et le strict respect de la Halakha (loi juive). Préserver nos traditions et œuvrer pour le bien commun, voilà les deux limites nécessaires pour l’épanouissement de notre communauté dans le Shalom.

 

Yona GHERTMAN

*Billet paru dans l'hebdomadaire "actualité juive" en date du 08/06/2016

 
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