L'accord de la Torah et de la philosophie

L'accord de la Torah et de la philosophie

Épître de la controverse

 

par Shem Tov Falaquera

Introduction, traduction et notes de David Lemler

 

Résumé

Un Pieux et un Sage débattent : est-il légitime de recourir à la philosophie, lorsqu’il s’agit de comprendre la vérité livrée par la Torah ? L’usage de la raison n’est-il pas un affront à l’autorité de la tradition ? De ce débat immémorial, inspiré des vifs affrontements qui, au XIIIe siècle, ont suivi la diffusion du maître ouvrage de la philosophie juive médiévale, le Guide des égarés de Maïmonide, ressort une réflexion fondamentale sur la nature de la croyance et l’exigence de sa fondation en raison.

 

L accord de la torah et de la philosophie

 

CRITIQUE

1/ L’Épître de la controverse et la Lettre sur le Guide des Égarés

"La marque d'un grand texte se trouve dans sa capacité à dépasser le cadre spatio-temporel de sa rédaction, à pouvoir être reçu quelques siècles après avoir été écrit comme s'il s'adressait au lecteur contemporain" écrit David Lemler. Effectivement, les deux textes présentés et traduits dans cet ouvrage reflètent une réflexion contemporaine sur la place de l'étude, ou plutôt des études dans le monde juif. 

Le premier texte est présenté sous la forme d'un dialogue dans lequel se confrontent un Sage philosophe et un Sage talmudiste. Le dernier est un homme intelligent et honnête, désirant connaître toutes les voies pouvant le mener à la connaissance de Dieu, mais également réticent vis-à-vis de la philosophie. Le second est sûrement un talmudiste, certainement un juif pieux animé de la crainte de Dieu, mais il intervient face à son interlocuteur pour prouver le bien-fondé de l'étude philosophique. 

Dans le second texte, des idées similaires sont apportées et l'objectif est identique, bien que la méthode du dialogue ne soit plus utilisée. Les deux écrits se complètent pour esquisser la voie du "Sage idéal", profondément respectueux de la tradition juive, mais également érudit dans les sciences profanes. Le premier point n'est pas négligé. Au contraire, le Sage philosophe se montre même dédaigneux vis-à-vis de ceux se dirigent exclusivement vers les sciences au détriment d'une étude plus classique de la Torah. La critique est acerbe, tant envers ceux qui se ferment à toute réflexion extérieure, qu'envers ceux qui pensent être capable de "philosopher" alors qu'ils ne possèdent ni qualités morales, ni compétences halakhiques. 

Le discours est tout-à-fait abordable, voire assez simple, mais certainement très efficace pour transmettre un message encore d'actualité quelques huit siècles après sa rédaction. 

 

2/ Présentation des textes et commentaires

Nous saluons tout d'abord le choix de l'ouvrage ainsi que le remarquable travail de David Lemler, qui permet au public francophone d'aborder l’œuvre de Falaquera en la replaçant parfaitement dans son contexte historique.

On aurait toutefois apprécié un plus grand approfondissement de certains concepts fondamentaux, tels ceux de 'Hassid (pieux) ou de 'Hakham (sage). Il est par exemple regrettable que le chapitre du Guide des égarés (3, 54) sur la définition de la sagesse ne soit pas évoqué. De même, les différents concepts talmudiques liés à l'hérésie (kefira, apikorsoute) ne nous semblent pas assez mis en avant. Mais ceci semble dû à une volonté légitime de ne pas dévier du sujet originel. 

On sent par ailleurs que M. Lemler s'adresse en premier lieu au "juif de l'étude". L'excercice est délicat car la démarche est avant tout universitaire. On se serait attendu, par exemple, à trouver une référence à l'ouvrage d'Henri Infeld sur le thème des rencontres entre "Torah et science", mais on ne la trouve pas, alors que de multiples ouvrages, le plus souvent anglophones, sont mentionnés car plus "universitaires".

Cependant ces quelques remarques ne sauraient occulter toutes les références rapportées pour éclairer le discours de Falaquera. La longue introduction de David Lemler permet de plonger le lecteur dans le contexte des controverses médiévales liées  au Guide des Égarés. Les concepts philosophiques s'y trouvant sont présentés avec une grande rigueur, mais également avec une pédagogie certaine qui saura séduire le lecteur.

Il s'agit donc d'un livre à conseiller, en souhaitant que d'autres ouvrages présentant des "grands textes" de pensée juive se multiplient à l'attention du public francophone.

 

 

 

Éditeur : Hermann (collection Panim el Panim)

Nombre de pages : 298

 

 

 

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 02/04/2014